UNE FETE EN CIMMERIE

25 JUIN – 4 SEPTEMBRE 2003
Horaires : de 10 h à 18 h
Ouvert tous les jours sauf le mardi

une fete en cimmerie - planche XII
Une fête en Cimmérie - Planche XII
Lithographies originales de Henri MATISSE
Tériade, éditeur, Paris MXMCXIII (1963)
Collection particulière
© Succession.Henri.Matisse
DOSSIER DE PRESSE
Le musée Matisse de Nice a choisi de présenter l'exposition Matisse, Une fête en Cimmérie, consacrée à l’art du portrait chez Matisse et organisée autour du livre de Georges Duthuit.

Marguerite, la fille de Matisse, et son époux, Georges Duthuit, critique d’art, historien et écrivain, projettent en 1947 de constituer une série d'ouvrages sur le thème des rituels de la fête dans certaines civilisations, comme celle des Esquimaux, des Indiens, des Polynésiens et des Africains.

Inaugurant la série, le livre sur les Esquimaux est un essai poétique de Georges Duthuit, Une Fête en Cimmérie, pour lequel Matisse réalisa les illustrations de visages d’Inuits.

Durant cette période, Matisse travaille au projet de la Chapelle du Rosaire de Vence, se consacrant à de nombreuses études pour élaborer les panneaux du Chemin de Croix, de la Vierge à l'Enfant et de Saint Dominique, à propos desquels il s’interroge sur la représentation ou non des visages, en raison de la spiritualité qu'ils doivent inspirer.
C'est aussi à ce moment que Matisse s'attache à dessiner de nombreux visages d'Esquimaux, peuple en relation permanente avec les forces mystiques et physiques de la Nature.

Le 26 janvier 1948, Marguerite Duthuit écrit à son père : « nous avons tout de suite vu entre cet art et ton œuvre trop de points de contact » (in Catalogue raisonné des ouvrages illustrés, p. 269).

L'intérêt de Matisse pour la représentation de visages, qu'il nomme parfois masques, et sa curiosité pour les masques esquimaux sont surprenants. Une réflexion peut ainsi être conduite, à propos des études qu'il mena pour la représentation du visage du Christ imprégné sur Le Voile de Véronique.

Pour les portraits d’Inuits, Matisse s'inspira de documents photographiques et de divers livres ethnographiques, comme ceux de G. de Poncins, de Rasmussen et des masques de la collection de Georges Duthuit. Trente-et-une lithographies de différents formats furent réalisées entre 1947 et 1948. L'ouvrage ne sera finalement publié qu'en 1963, soit neuf ans après la mort de Matisse.
« Ce qui m'intéresse le plus, ce n'est ni la nature morte, ni le paysage, c'est la figure. C'est elle qui me permet le mieux d'exprimer le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie. »
Ainsi, durant toute son œuvre, la représentation du visage humain fut un sujet qui força Matisse à développer ses recherches. Le portrait, l'autoportrait, le visage qui évolue jusqu'au masque, signe représentatif de l'essence d'une personnalité, furent des moyens d'approfondir les questions de l'expression, du regard, de la ressemblance et de la réalité.
A l'occasion de la présentation des visages esquimaux, seront ainsi déclinées les différentes manières dont Matisse envisagea la représentation de l'humain.

Georges Duthuit, « Une Fête en Cimmérie »
« Les hordes de Borée, dans ce labyrinthe de la perpendicularité. Trois passants se figent en une catalepsie éternelle : enlevés ! On se croise sans ralentir, on évolue en parades géométriques, on se fait de petits signes amicaux, avalés par l’obscurité… »

Claude Duthuit
« Ainsi apparaît New York entre nuit et brouillard lorsque la neige et le froid se rendent maîtres de la circulation et des ombres emmitouflées se croisent sans se discerner. On y voit les panaches de vapeurs s’élevant des bouches d’égouts d’une chaussée glacée qui deviennent geysers ou bien souffle de baleine. »

Georges Duthuit « Une Fête en Cimmérie »
« Dans le rideau de neige grise, un pourrissement, un effilochement. Vers le ponant, là où l’horizon s’effondre, s’ouvre un abîme de chaux fulgurante, et, derrière le tissu aminci, une face, plus blafarde encore, regarde. »

Claude Duthuit
« Poète il jouait du réel et de l’irréel en troquant les aubes glaciales d’une ville pétrifiée, luisante de gel, aux trottoirs sertis de congères, aux façades d’immeubles battues par le grésil, pour les pans escarpés de la banquise et les rafales d’une tempête polaire »