UNE FETE EN CIMMERIE

25 JUIN – 4 SEPTEMBRE 2003
Horaires : de 10 h à 18 h
Ouvert tous les jours sauf le mardi

une fete en cimmerie - planche XII
Une fête en Cimmérie - Planche XII
Lithographies originales de Henri MATISSE
Tériade, éditeur, Paris MXMCXIII (1963)
Collection particulière
© Succession.Henri.Matisse
QUELQUES OEUVRES PRESENTEES DURANT L'EXPOSITION
Une fête en Cimmérie, de l'autoportrait au masque

CATALOGUE DE L’EXPOSITION :
Une fête en Cimmérie
Paris, Edition RMN, 25 juin 2003
80 p., 24x29 cm, 75 illustrations
17€

Ce catalogue décline l’art du portrait chez Matisse, qui évolue de l’autoportrait au masque, en passant par la technique du dessin en aveugle, à la recherche de l’essence d’une personnalité. Cette étude souligne la curiosité de l’artiste à l’égard des expressions artistiques d’autres civilisations, ici l’art du Grand Nord, avec son travail sur les visages inuits.

Autoportrait
Matisse fit de nombreux autoportraits peints et dessinés, en s'attachant à la réalité de ses traits, ainsi qu’à sa propre caricature, développant ainsi un processus d’observation de soi.
A propos de quatre dessins faits d’après son visage, il note que tous sont différents, mais que tous possèdent des éléments décrivant le même homme dans son caractère. En fait, l’inexactitude anatomique de ces dessins, loin de lui nuire, sert l’expression de la vérité essentielle du personnage.

Chacun de ces dessins porte, selon moi, une invention qui lui est particulière et qui vient de la pénétration du sujet par l’artiste, qui va jusqu’à s’identifier parfaitement avec son sujet, de sorte que la vérité essentielle en question constitue le dessin.
(Préface au catalogue de l’exposition Henri Matisse, dessins organisée par l’A.P.I.A.W à Liège, 1947)

Portrait
L'étude du portrait paraît oubliée aujourd'hui. C'est pourtant une source d'intérêt inépuisable pour celui qui en a le don ou simplement la curiosité.
(Préface à Portraits, recueil de portraits par Henri Matisse, Monte Carlo, éd.André Sauret, 1954)

Matisse fait souvent référence aux grands maîtres, Holbein, Dürer, Cranach, qui pratiquaient l'art du portrait, en jouant avec l’asymétrie, la dissemblance des visages, laissant ainsi à chaque figure son rythme particulier.

Le portrait est un art des plus singuliers. Il demande à l'artiste des dons particuliers et une possibilité d’identification presque complète du peintre et de son modèle.
(Préface à Portraits, recueil de portraits par Henri Matisse, Monte Carlo, éd.André Sauret, 1954)

Le portrait est un art à travers lequel, tout au long de sa vie, Matisse poursuit sa recherche, car il soulève les questions fondamentales des rapports de l’œuvre avec la réalité, la ressemblance, le caractère, l'expression et la sensation.

C’est du premier choc de la contemplation d’un visage que dépend la sensation principale qui me conduit constamment pendant toute l’exécution d’un portrait.
(Préface à Portraits, recueil de portraits par Henri Matisse, Monte Carlo, éd. André Sauret, 1954)

Regard
Lorsque je peins un portrait, je prends et reprends mon étude, et c'est chaque fois un nouveau portrait que je fais : non pas le même que je corrige, mais bien un autre portrait que je recommence ; et c'est chaque fois un être différent que je tire d'une même personnalité.
(Propos recueillis par Régine Pernoud, Le Courrier de l’UNESCO, vol.VI, n°10, octobre 1953)

Ainsi, Matisse fera de nombreuses études et variations à partir d’un même visage. Il peut en exprimer les différents caractères à travers la peinture, la sculpture, le dessin. Le regard reste cependant un élément essentiel de l’expression.

Visage
Le visage humain m’a toujours beaucoup intéressé. J’ai même une assez remarquable mémoire pour les visages, même pour ceux que je n’ai vus qu’une seule fois. En les regardant je ne fais aucune psychologie mais je suis frappé par leur expression souvent particulière et profonde […] ils me retiennent probablement par leur particularité expressive et par un intérêt qui est entièrement d’ordre plastique.
(Préface à Portraits, recueil de portraits par Henri Matisse, Monte Carlo, éd.André Sauret, 1954)

Ainsi Matisse ne s’attache pas à détailler les traits du visage ni à reproduire leur anatomie exacte. Il retient les traits essentiels qui traduisent sa personnalité et son humanité.

Masque
Il suffit d'un signe pour évoquer un visage, il n’est nul besoin d'imposer aux gens des yeux, une bouche… il faut laisser le champ libre à la rêverie du spectateur.
(Propos rapportés dans « Il moi maestro Henri Matisse », La Biennale di Venezia, n°26, décembre 1955)

Au cours de son œuvre, Matisse se plut à décliner le visage humain depuis l’autoportrait, le portrait, la figure, le visage jusqu’au masque, en y apportant de multiples nuances.

J’ai tenu toujours le dessin, non comme un exercice d’adresse particulière, mais avant tout, comme un moyen d’expression de sentiments intimes et des descriptions d’état d’âme, mais moyens simplifiés pour donner plus de simplicité, de spontanéité à l’expression qui doit aller sans lourdeur à l’esprit du spectateur.
(Notes d’un peintre sur son dessin, Le Point, n°21, juillet 1939)

Le temps de la Chapelle de Vence
A partir de 1947, Matisse travaille sur le projet de la Chapelle du Rosaire de Vence. Au cours de l’élaboration des panneaux de Saint Dominique, de la Vierge à l’Enfant et du Chemin de Croix, il s’interroge sur la représentation ou non des visages, en raison de la spiritualité qu’ils doivent inspirer.

"Seul le Christ a un visage dans la chapelle (celui du voile de Véronique), pour marquer que Lui doit nous imposer Sa personnalité, alors que pour les Saints, chacun de nous a le droit de les imaginer".
(in M.A.Couturier, L.B.Rayssiguier, La Chapelle de Vence, Journal d'une création, Paris, Cerf, 1993)

C’est au moment de l’accomplissement de ses recherches pour la Chapelle de Vence que Matisse perçoit la portée spirituelle de son travail et la dimension universelle de son œuvre.

C’est dans la création de la Chapelle de Vence que je me suis enfin éveillé à moi-même et j’ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélée un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire.
Je n’aurai donc été qu’un médium.
(Message à sa ville natale, à l’occasion de l’inauguration du Musée Henri Matisse au Cateau (Nord), le 8 novembre 1952)

Masques Inuits
Une fête en Cimmérie

Européen, notre patrimoine va des jardins de la Méditerranée aux mers solides, tout au Nord .
(Matisse interrogé par Apollinaire, « Henri Matisse », La Phalange, n°2, 15-18 déc.1907)

Entre 1947 et 1948, Matisse réalisa trente et une lithographies, représentant des visages d’Esquimaux , pour l’ouvrage de Georges Duthuit, Une Fête en Cimmérie. Le livre a été édité en 1963 par Tériade et les lithographies ont été tirées par Fernand Mourlot. C’est une des dernières manifestations de l’intérêt de Matisse pour le visage humain et la représentation de ses variations au moyen d’éléments minimaux. Cette réalisation illustre également sa sensibilité et sa curiosité pour toute civilisation, ici à l’égard d’un peuple en relation permanente avec les forces mystiques de la Nature.