Les photographes de Matisse

- Hommage à Lucien Hervé -

10 octobre au 31 décembre 2007


A partir de ses collections, le musée Matisse expose les photographes
d’Henri Matisse et rend hommage à Lucien Hervé, récemment disparu.

Les photographes de Matisse

La collection photographique du musée Matisse

Commencé à l’occasion de l’exposition Matisse photographies réalisée en 1986 , à partir d’un ensemble existant d’Hélène Adant, le fonds photographique, enrichi d’acquisitions et d’une donation , se compose de soixante-deux originaux, cinquante-six tirages modernes (épreuves plus contemporaines autorisées par leur auteur) et de quarante-deux contretypes (reproduction de tirages). Le musée est particulièrement attentif au développement de ce fonds par de nouvelles acquisitions.

La collection de photographies du musée fait l’objet d’expositions temporaires et s’associe à certains thèmes importants de l’œuvre de Matisse. Par des prêts, elle participe au rayonnement du musée en France et à l’étranger.

A cet ensemble régulièrement exposé s’ajoute une photothèque documentaire consultable sur rendez-vous.

- Hommage à Lucien Hervé -
Hódmezõvázárhely, Hongrie, 7 août 1910 / Paris, 26 juin 2007

Né en Hongrie, Laszlo Elkan, dit Lucien Hervé, arrivé à Paris en 1929, remplace un photographe à la rédaction du journal Marianne Magazine, et se passionne alors pour cet art. Naturalisé français en 1938, photographe aux armées durant la guerre, il entre dans la Résistance à Paris sous le nom de Lucien Hervé.

En 1947, il réalise une série de clichés, « Paris sans quitter ma fenêtre », où hommes de la rue, enfants et ouvriers, comme autant de signes graphiques, ponctuent l’espace urbain.

En 1949, il fait la connaissance du révérend père Couturier, qui accompagne Matisse dans ses recherches pour la Chapelle du Rosaire de Vence. Par son intermédiaire, il rencontre le peintre à Nice, cette même année, et réalise des portraits de l’artiste au travail, entouré de ses études pour la Chapelle, qui envahissent les murs de son atelier du Régina, à Cimiez. Lors de cette visite, l’architecture du Régina, conçu par Biasini en 1896, inspirera au photographe quelques prises de vues de façade et des somptueuses parties communes.

L’œuvre de Lucien Hervé est le fruit d’un lent procédé d’élaboration où l’artiste construit et compose chaque photo comme un tableau. L’ombre est son matériau de prédilection. L’espace est une préoccupation centrale dans sa photographie.

Plus tard, sur les conseils du père Couturier, Lucien Hervé photographie à Marseille l’Unité d’Habitation du Corbusier, alors en chantier. Il envoie ses six cent cinquante clichés de la future Cité Radieuse à l’architecte qui lui répond : « Monsieur, vous avez l’âme d’un architecte et savez voir l’architecture ». Une étroite collaboration unit les deux hommes, jusqu’à la mort de l’architecte en 1965. Il fera aussi des prises de vue pour de nombreux autres architectes et constructeurs.

Dès 1965, affaibli par la maladie, il pratique à partir de ses archives le recadrage de ses photographies aux ciseaux, ainsi que des collages.

En 2004, il crée, avec sa femme, un nouveau prix de photographie — le Prix Lucien Hervé et Rodolphe Hervé — en mémoire de leur fils Rodolphe, photographe et vidéaste, disparu à l’automne 2000.

Lucien Hervé est décédé à Paris le 26 juin 2007, il repose au cimetière du Montparnasse.

Le musée Matisse possède sept photographies de Lucien Hervé, issues de dons ou d’acquisitions. La dernière en date consiste en trois tirages originaux d’époque (vintages).
À ce titre, le musée Matisse tient à rendre un hommage particulier à cet artiste photographe.

Propos de Matisse sur la photographie

« La photographie peut fournir les documents les plus précieux qui soient et personne ne peut contester son intérêt de ce point de vue. Faite par un homme de goût, une photographie aura une apparence d’art. Mais je crois que le style des photographies est sans importance ; elles seront toujours frappantes, parce qu’elles nous montrent la nature, et tous les artistes y trouveront un monde de sensations.»

Réponse de Matisse à George Besson, Camera Work, n° 24, octobre 1908

« Les détails, le peintre n’a plus à s’en préoccuper, la photographie est là pour rendre cent fois mieux et plus vite la multitude des détails. La plastique donnera l’émotion le plus directement possible et par les moyens les plus simples. »

« Des tendances de la peinture moderne », Les Nouvelles, 12 avril 1909

« La photographie a beaucoup dérangé l’imagination, parce qu’on a vu les choses en dehors du sentiment. Quand j’ai voulu me débarrasser de toutes les influences qui empêchent de voir la nature d’une façon personnelle, j’ai copié des photographies. »

Propos rapportés par Tériade, dans « Emancipation de la peinture », Minotaure, vol. I, n° 3-4, 1933

« Nous sommes encombrés des sentiments des artistes qui nous ont précédés. La photographie peut nous débarrasser des imaginations antérieures. La photographie a déterminé très nettement la peinture traduction des sentiments et la peinture descriptive. Cette dernière est devenue inutile. »

Propos rapportés par Tériade, dans « Emancipation de la peinture », Minotaure, vol. I, n° 3-4, 1933

« […] cette peinture doit cependant entraîner l’esprit du spectateur beaucoup plus loin que le tableau. Je ne conçois pas une peinture dépourvue de cette qualité-là. Sinon, c’est une image. Or, aujourd’hui, grâce à la photographie, on fait de si belles images – même en couleurs – que le devoir de l’artiste, du peintre, est de donner davantage ; ce que la photographie ne donne pas. »

« Entretien avec Henri Matisse », par Georges Charbonnier, in Le Monologue du peintre, t. 2, Paris Julliard, 1960

« Je travaille de sentiment .[…] Les photos prises en cours d’exécution du travail me permettent de savoir si la dernière conception est plus conforme que les précédentes, si j’ai avancé ou reculé. »
Entretien avec Léon Degand, « Matisse à Paris », Les Lettres Françaises, n° 76, 6 octobre 1945

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