Exposition

Biskra : Réver une oasis



Biskra. Seguia dans la Vielle Ville,
Marabout de Sidi Lahsen
Photochrome Zurich, Library of Congress

27 octobre - 28 janvier 2018


Le parcours de l'exposition

Du Vieux-Biskra à la métropole : architecture et urbanisme



Plan de Biskra-Ville et du Vieux-Biskra
dans l’édition 1911 du guide Baedeker,
Sydney, collection DORA.

Biskra déploie sur une vaste étendue le contraste entre des villages en pisé serpentant au sein de l’oasis et le plan en damier de la ville française construite dans son prolongement.
L’occupation de l’oasis remonte à l’époque préromaine. Sous la domination turque, sept villages pourvus chacun d’une mosquée s’éparpillent autour d’une casbah dans la vaste palmeraie. Quand l’armée française occupe la région en 1844, un nouveau fort abritant cinq cents soldats devient le noyau d’une ville coloniale typique. Un hôtel, le Sahara construit en 1858, un cercle militaire, une petite église et des jardins publics à la française viennent s’y ajouter.

Après l’établissement de la jonction ferroviaire entre Batna et Biskra en 1888, les touristes viennent vingt fois plus nombreux. Une mairie et un casino sortent de terre coup sur coup, ainsi que deux grands hôtels de style néomauresque, le Royal et le Palace.

Biskra, une station d’hivernage et thermale



H. Bouquet
Chemins de fer P.L.M, Biskra, station hivernale et thermale, l’été tout l’hiver, saison du 1er novembre au 1er mai, vers 1895
Affiche lithographiée
Marseille, collection Baconnier

À l’apogée des villégiatures hivernales de luxe, vers 1910, Biskra fait figure de « nouveau Monte-Carlo », offrant aux visiteurs des hivers doux, le dépaysement du désert et les thermes de Hammam Salahine. La saison officielle s’étend du 1er novembre au 1er mai (en été la température monte jusqu’à 50 °C).

Il y a davantage de touristes anglais, allemands et américains que français. Biskra a ses fidèles chez les aristocrates, à commencer par le comte Landon de Longueville, dont le remarquable jardin botanique, entretenu par une armée de jardiniers biskris, est un rendez-vous très prisé.
Le casino de Biskra propose ses tables de jeu et sa salle de spectacle, où l’on peut voir notamment des danseuses de la tribu Ouled-Naïl, couvertes de bijoux berbères en argent. Par-delà les énormes clivages sociaux, le secteur du tourisme emploie un fort contingent de Biskris.
Les promenades à dos de chameau, les excursions dans le désert, les courses hippiques et les fantasias équestres séduisent les touristes et les résidents européens. Après 1920, Biskra est une des principales étapes des circuits organisés dans le désert par la Compagnie générale transatlantique à bords de Citroën à six roues, entre les côtes marocaine et tunisienne.

Le tourisme de luxe décline après le centenaire de l’Algérie française en 1930 et s’arrête pendant la Seconde Guerre mondiale ; Biskra est alors occupée par les forces de l’Axe, puis par les Alliés.
Il redémarre après l’indépendance en 1962.

Une rencontre de cultures : la photographie



MAURE Phot.
Intérieur arabe à Biskra, 1890
Tirage argentique
Nice, collection Gilles Dupont

La photographie apporte un témoignage aussi essentiel pour la connaissance du Biskra historique qu’il peut l’être pour Paris ou Berlin.

L’intensité de la lumière et la mode des sujets dits « orientaux » attirent les daguerréotypistes dès 1850, comme l’atteste une vue de la mosquée de Sidi-Fedhal. Une foison d’images surgit en 1856 lorsque le photographe parisien Félix-Jacques Moulin accumule les vues du Vieux-Biskra et les portraits de Bouaziz ben Gana, Cheik-el-Arab, dont la famille continuera à gouverner Biskra avec les Français pendant un siècle.

Les procédés argentiques font leur apparition avec le premier photographe résident, Auguste Maure, un jeune colon installé dès 1870 à l’enseigne de la Photographie saharienne. Il commence à façonner l’iconographie de Biskra, en complétant les vues pour albums de touristes par des portraits cartes de visite de soldats et de colons. Jean Geiser et Alexandre Leroux, établis à Alger, et les opérateurs envoyés par l’entreprise parisienne Neurdein frères créent des négatifs sur verre permettant de tirer des épreuves sur papier qui sont vendues aux touristes pour leurs albums.

Les cartes postales font leurs débuts en 1895 et prolifèrent à partir de 1905, fournissant une représentation détaillée de l’oasis et de ses habitants.

Des rythmes et des sons



Julien DAMOY (1844-1941)
Musiciens noirs, 1905
Sydney, collection DORA

Le grand compositeur hongrois Béla Bartók distingue deux catégories dans la musique de Biskra et ses environs : celle des cafés arabes, que l’on peut aussi bien écouter au Caire ou à Istanbul, et la tradition rurale authentique, qu’il enregistre sur son phonographe Edison en 1913. Ces mélodies sur quelques notes associent le chant, la flûte gasba (en roseau à six ou sept trous) et le tambour bendir.

Le musée Matisse invite les visiteurs à écouter dans le kiosque à musique une sélection de ces enregistrements, ainsi que des extraits des œuvres orchestrales de Bartók des années 1920, inspirées par les chants populaires des Ziban.

Peindre Biskra



Yvonne KLEISS-HERZIG (1895-1968)
Danseuses Ouled-Naïls, vers 1935, Gouache avec rehauts d’or sur papier
Alger, collection Salim Becha

Biskra accueille une communauté de peintres européens au même titre que Barbizon, Pont-Aven ou Skagen, sans être associée pour autant à un style en particulier. Eugène Fromentin est le premier à s’y rendre en 1848, en mission auprès de l’armée française.

C’est à Gustave Guillaumet et à Frederick Arthur Bridgman, un élève américain de Jean-Léon Gérôme, que Biskra doit sa renommée de site privilégié pour peindre les Bédouins et les Chaouia, la végétation luxuriante et la vie rurale dans des conditions relativement sûres.

Après 1888, toute une lignée de peintres académiques prend le train pour les Ziban. Les vues de Biskra contribuent à assurer une notoriété parisienne et londonienne à de nombreux artistes.

Henri Matisse à Biskra



Henri MATISSE
Rue à Biskra, 1906
Huile sur toile, 34 x 41 cm
Statens Museum for Kunst, Copenhague

Alors qu’il avait installé son atelier à Collioure, Matisse décide de partir pour Biskra une quinzaine de jours en mai 1906. Il n’y séjourna que brièvement, la traversée en bateau jusqu’à Alger, puis le trajet en train via Constantine lui ayant déjà pris une semaine. Il n’avait jusqu’alors que peu voyagé et ce premier contact avec l’Afrique du Nord marquera durablement son imaginaire. Réfractaire au folklore touristique ainsi qu’à l’exotisme colonial du lieu, Matisse ne peint sur place qu’un seul tableau, Rue à Biskra (Statens Museum for Kunst, Copenhague), mais reste fasciné par cet Orient rêvé qui ne tardera pas à trouver son espace dans son travail. C’est seulement à travers le spectre de la mémoire qu’il peint en 1907, de retour à Collioure, le Nu bleu, Souvenir de Biskra, considéré comme un des jalons décisifs de son oeuvre.

Ce séjour à Biskra avait pu lui être suggéré par quelques uns de ses amis qui l’avaient précédé sur place, les peintres Henri Evenepoel, René Piot ou encore Georgette Agutte, l’épouse de Marcel Sembat. La lecture de L’Immoraliste d’André Gide, paru en 1902, nourri du souvenir du séjour de l’écrivain à Biskra, a aussi très certainement motivé ce voyage et nourri le rêve de ce lieu aux portes du désert.

De Biskra à la Victorine



Carte promotionnelle du film Le Jardin d’Allah, de Rex Ingram, 1927

Dès 1903, Biskra fait l’objet de plusieurs courts-métrages documentaires des frères Lumière.
Mais l’oasis entra dans l’imaginaire collectif avec le grand écran. Paru en anglais en 1904, le roman de Robert Smythe Hichens Le Jardin d’Allah évoque Biskra.

D’abord adapté au théâtre, il est porté à l’écran en 1927 par le cinéaste d’Hollywood Rex Ingram qui tourne les extérieurs à Biskra et installe ses décors à Nice dans les studios de La Victorine. Le charme luxuriant de la Côte d’Azur avait déjà servi de décors à ce cinéma des Milles et unes nuits, dont La Sultane de l’Amour de René Le Somptier et Charles Burget, tourné dans le parc Liserb en 1919.

Au même moment, Matisse installe dans son atelier de Nice ses odalisques qui inspirent durant ces années 1920 nombre de ses peintures.

retour