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Photographie de Pierre Matisse
Photothèque Musée Matisse Nice
L’œuvre de Matisse est marquée par la référence à l’Antique. Il y trouve les racines de sa modernité et la recherche d’un langage universel.
Tout au long de sa vie, Matisse se rend au musée du Louvre pour étudier les formes sculpturales antiques. Il admire la statuaire grecque, la reproduit en dessin et cherche à en retirer tous les enseignements.
La statuaire antique, par-dessus tout, vous aidera à réaliser la plénitude de la forme. D’emblée, je perçois ce torse comme une seule et unique forme, comme un tout. Autrement, aucune de vos subdivisions ne compte, si caractéristique soit-elle. Dans l’antique, toutes les parties du corps ont été considérées au même titre. D’où unité, et repos de l’esprit.
Notes de Sarah Stein d’après l’enseignement de Matisse, 1908
L’union des formes, le repos de l’esprit sont des concepts de base sur lesquels Matisse bâtit son œuvre.
Parmi les objets dont il aime s’entourer et s’inspirer, Matisse choisit des copies d’antiques. Il possède dans sa collection une copie romaine d’un buste grec féminin datant du IVe siècle av. J.-C. Cette sculpture, simple dans ses lignes, illustre bien la constante référence utilisée par Matisse pour concevoir ses œuvres. Cette source d’inspiration allant à l’extrême simplification des lignes se retrouve dans la réalisation de deux Petit Torse, datés de 1929, tout comme dans certaines œuvres en papiers gouachés découpés.
Matisse s’intéresse à des formes artistiques de différentes périodes de l’antiquité, notamment :
- Les Kouroï (singulier : kouros) : sculptures de la Grèce archaïque (VIIe-VIe s. av. J.-C.). Elles présentent une influence de la statuaire égyptienne.
Dans son appartement-atelier du Régina, Matisse conserve la copie en plâtre d’un grand Kouros du VIe s. av. J.-C, provenant des fouilles de Delphes. Il dit en aimer à la fois l’aspect massif et les détails sophistiqués. « Comme à chacun des arrêts involontaires que je fis devant cette statue en plâtre, révélatrice de tant de trésors, ses exceptionnelles qualités me reprirent. » (Henri Matisse dans Traits, n° 8, mars 1950)
- Les sculptures grecques classiques (Ve-IVe s. av. J.-C.). Celles parvenues jusqu’à nous sont presque toutes des copies en marbre d’époque romaine.
La période de la Grèce classique correspond à l’élaboration de nouvelles conventions anatomiques et formelles. L’apparition d’une volonté naturaliste entraîne une nouvelle représentation du corps. La construction des lignes selon une véritable « planification » de la surface corporelle permet d’obtenir une sculpture « réaliste ». La légère dissymétrie de la pose (contrapposto ou chiasme) offre une souplesse que n’avaient pas les statues archaïques.
Certains thèmes issus de l’Antiquité sont récurrents dans son œuvre, par exemple :
- Les nymphes et satyres
Déjà utilisé par Matisse en 1909, le thème du satyre (faune dans la mythologie romaine) et de la nymphe est particulièrement abordé par l’artiste durant les années 1930, impliquant toute la violence du rapt et de l’étreinte.
En 1932, Matisse illustre Poésies de Stéphane Mallarmé dont fait partie le poème L’Après-midi d’un faune. Composé en cent dix alexandrins, ce poème est publié en 1876, avec des illustrations d’Édouard Manet. Il s’agit du monologue d’un faune qui évoque les nymphes et la nature qui l’entourent, dans une succession d’images poétiques.
L’œuvre Nymphe dans la forêt (La Verdure), 1935-1942/1943 souligne l’inspiration hellénique de Matisse. Il travaille chacun des éléments prévus dans cette composition aux travers d’autres créations. Le paysage représentant une allée forestière se retrouve dans Salut, une eau-forte réalisée pour Poésies de Mallarmé. Ce même type de paysage apparaît dans la gravure Ithaque du livre illustré Ulysses (texte de James Joyce), pour laquelle des croquis sont réalisés par Matisse au mont Boron, aux abords de Nice. La nymphe se rapporte également aux illustrations du livre de Joyce, notamment pour le thème de Calypso.