Il y a cent ans, en décembre 1917, Matisse découvre pour la première fois Nice. C’est là qu’il produit la plus grande partie de son œuvre, jusqu’à sa disparition en novembre 1954.
Ses multiples lieux de vie et de travail influencent notablement son processus de création et marquent les étapes décisives de son œuvre, jusqu’à la plénitude de son art, des grandes gouaches découpées à la chapelle de Vence.
La plupart viennent ici pour la lumière et le pittoresque. Moi, je suis du Nord. Ce qui m’a fixé, ce sont les grands reflets colorés de janvier, la luminosité du jour.
Bridault, 1952, repr. dans Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1971, p. 123
1917-1921 : Découverte de la ville et premiers séjours
Décembre 1917 – Mars 1918
Hôtel Beau Rivage (107, quai des États-Unis, Promenade des Anglais)
Arrivé à Nice le 25 décembre 1917, Matisse loue une chambre, étroite et longue, à la décoration banale, avec une large fenêtre ouvrant sur la mer ; il peint ses premiers « intérieurs niçois ».
Quand j’ai compris que chaque matin je reverrai cette lumière, je ne pouvais croire à mon bonheur. Je décidai de ne pas quitter Nice, et j’y ai demeuré pratiquement toute mon existence.
Bridault, 1952, repr. dans Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1971, p.123
Avril 1918
L’atelier du 105, quai des États-Unis

Photo : Archives Henri Matisse / D.R.
En quête d’un atelier, Matisse loue à son ami Léonce Pelletier un appartement à proximité de l’Hôtel Beau Rivage, toujours sur la Promenade. Son fils Pierre y pose pour la célèbre peinture Le violoniste à la fenêtre (musée national d’Art moderne, Centre Pompidou, Paris)

Photographie : M. Bérard – © D.R.
Mai – Juin 1918
La villa des Alliés, Mont-Boron
Son hôtel réquisitionné, Matisse déménage le 9 mai 1918 et loue pour deux mois la villa des Alliés, située dans un parc arboré. Il y peint essentiellement des paysages, sujets apaisants en cette période tourmentée.
Automne 1918 – 1921
Hôtel de la Méditerranée (25, Promenade des Anglais)


Après avoir passé l’été à Issy-les-Moulineaux, Matisse revient à Nice, à l’Hôtel de la Méditerranée, aujourd’hui disparu. Il y séjourne régulièrement en hiver jusqu’en 1921. L’intérieur des chambres qu’il occupe successivement devient le sujet de ses peintures. Il y installe ses modèles, les entoure de tissus, fleurs et objets et utilise les effets de la lumière tamisée des persiennes.
Un vieil et bon hôtel, bien sûr ! Et quels jolis plafonds à l’italienne ! Quels carrelages ! On a eu tort de démolir l’immeuble. J’y suis resté quatre ans pour le plaisir de peindre des nus et des figures dans un vieux salon rococo. Vous souvenez-vous de la lumière qu’on avait à travers les persiennes ? Elle venait d’en dessous comme d’une rampe de théâtre. Tout était faux, absurde, épatant, délicieux.
Henri Matisse dans Art News Annual, 1952, repr. dans Henri Matisse, Écrits et propos sur l’art, Paris, Hermann, 1971, p. 123
Automne 1921 : L’installation à Nice au cours Saleya
1921 – 1938
Palais Caïs de Pierlas, 1, place Charles-Félix, cours Saleya
Matisse loue un logement au 3e étage, puis en 1927, emménage au 4e. Dès lors, il vit la moitié de l’année à Nice. Dans cet appartement-atelier, Matisse met en scène ses modèles dans des décors qu’il agence avec soin à partir d’objets familiers, meubles et textiles divers de sa collection personnelle. Natures mortes, intérieurs, nus et odalisques caractérisent la « période niçoise ».
1931
L’atelier du 8, rue Désiré Niel
Dans cet atelier de grandes dimensions, un ancien garage, Matisse réalise en taille réelle la grande décoration La Danse [dite de Barnes ou de Merion]. En 1932, il engage Lydia Delectorskaya comme aide d’atelier, puis, en 1933, comme dame de compagnie de Madame Matisse. En 1935, Lydia devient le modèle régulier du peintre, puis son assistante.
Octobre 1938 : Le Régina, colline de Cimiez (71, boulevard de Cimiez)
Matisse achète un appartement dans cet ancien hôtel, conçu pour recevoir la Reine Victoria à la fin du XIXe siècle.
Fin juin 1943
Face à la menace d’une occupation par les Allemands, Matisse s’installe à la villa Le Rêve à Vence. Le 30 décembre 1948, il revient au Regina, dont les espaces sont plus adaptés à la réalisation de la chapelle de Vence et des grandes gouaches découpées de la fin de sa vie.
1946

Photo © Musée Matisse Nice – N.L.
Première exposition de Matisse à Nice, au Palais de la Méditerranée
1950
Exposition Matisse à Nice, organisée par l’UMAM (Union Méditerranéenne pour l’Art Moderne), inaugurant la galerie des Ponchettes, pressentie pour devenir un futur Musée Matisse.
1951
Inauguration de la chapelle de Vence.
3 novembre 1954
Mort de Matisse. Il repose au cimetière du monastère de Cimiez.











