Matisse à l’atelier – Journée d’étude

Matisse dans son atelier place Charles-Félix, Nice, 1934. Photo : Archives Henri Matisse

Dans le cadre de l’exposition Matisse années 1930. À travers Cahiers d’Art, le musée de l’Orangerie et le musée Matisse de Nice organisent deux journées d’études complémentaires qui explorent en deux parties les problématiques au cœur de cette période de création.

Au musée Matisse, les chercheurs internationaux invités se pencheront sur la question de l’atelier de Matisse dans les années 1930 : laboratoire, lieu de vie, cadre de travail, tout autant qu’espace conceptuel qui accueille le geste créatif matissien.

Programme :

  • 9h30 : Claudine Grammont, cheffe du cabinet d’art graphique du Centre Pompidou et commissaire de l’exposition « Matisse années 1930 » au Musée Matisse Nice
    L’œuvre en devenir : les photographies d’états, description et enjeu d’une procédure fondatrice

C’est lors de la réalisation de sa grande décoration murale de La Danse pour la Fondation Barnes que Matisse commence à faire photographier son œuvre en évolution. Ce qui n’était au départ qu’un outil de travail du peintre devient au cours de ces trois années un procédé décisif de la réalisation de l’œuvre. Nous montrerons comment dessins et photographies d’états appartiennent au processus de gestation d’une œuvre dont le développement fonctionne sur le principe de la métamorphose.
Par la suite, la photographie d’état devient un procédé plus systématique qui accompagne peintures et dessins dont la réalisation se déploie dans la durée, ce que Matisse nomme des « tableaux d’expérience ». Il s’agira de mieux comprendre les modalités pratiques ainsi que les enjeux esthétiques d’une telle méthode que Matisse a fait sienne au cours des années 1930.

  • 10h : Gaku Condo (visioconférence), historien de l’art et chercheur indépendant
    Nymphe dans la forêt (La Verdure), œuvre-laboratoire de Matisse dans l’atelier

Nymphe dans la forêt (La Verdure) est sans doute l’œuvre de Matisse qui est restée le plus longtemps dans l’atelier de son auteur (1935-1943). Pendant son long « séjour », le grand tableau vaguement mythologique a entretenu des relations complexes avec d’autres œuvres dans le même espace et au-delà. Cette communication tentera de démêler une partie de cet écheveau complexe, en commençant par examiner les photographies emblématiques du peintre travaillant sur cette œuvre dans son atelier de Cimiez, prises au cours de l’été 1941 par le journaliste américain Varian Fry.

  • 10h30 : Hélène Ivanoff, chercheuse associée à l’EHESS
    Les objets extra-occidentaux de la collection d’Henri Matisse

L’intervention s’intéressera principalement aux objets d’arts océaniens et africains de la collection personnelle de Matisse, constituant sa « bibliothèque de travail », aujourd’hui conservés au musée Matisse de Nice. Plus qu’une « palette d’objets » dans laquelle Henri Matisse serait venu puiser de l’extérieur de nouvelles formes et couleurs qu’il aurait dupliquées sur le papier, les objets dont il aimait s’entourer firent partie intégrante de ses processus créateurs. Leurs motifs furent constamment transposés et remaniés, à chaque étape de l’exécution de ses œuvres. C’est l’odyssée de ces formes, de l’objet à l’œuvre, qu’il s’agit ici de présenter, afin d’approcher au plus près l’impulsion créatrice d’Henri Matisse et la lente métamorphose de l’objet en signe.

  • 11h : Aymeric Jeudy, directeur par intérim du Musée Matisse Nice, chercheur associé au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (Université Côte d’Azur)
    Le contexte socio-culturel à Nice dans les années 30

Si Matisse ne fut jamais le peintre de Nice, la ville, et particulièrement celle des années 1930, lui offre un « souffle du vaste monde » comme l’écrivait Aragon où, au cœur d’une ville-décor cosmopolite, il vit, crée et nourrit d’intenses recherches.
Éloigné des mondanités dont la ville est pourtant l’épicentre, Matisse tire profit de cette capitale de la villégiature en plein basculement au tournant des années 1930. Il sillonne la côte méditerranéenne à bord de son automobile, y fréquente les lieux de divertissements, pratique les sports nautiques autant qu’il les observe au cœur d’une Riviera en plein renouveau architectural, aux modes américanisées, hédoniste et pleine d’exotisme tropical.
C’est dans cet univers en totale mutation qu’il trouve de nombreux modèles, fréquente écrivains, galeristes, collectionneurs, musiciens ou chorégraphes et devient une figure majeure du modernisme international. L’étude des agendas de l’artiste notamment permet de comprendre la richesse des liens l’unissant à cet espace géographique vécu et rêvé, expression de l’éternel méditerranéen.

Discussion

Déjeuner 12h/12h30 → 14h

  • 14h : Anne Théry, chercheuse, maître de conférences, Archives Henri Matisse
    Dits et non-dits autour de La Danse

La réalisation de La Danse a quelque chose de paradoxal : alors même que Matisse expérimente dans ce cadre la technique de la gouache découpée, il n’en dit rien, ou presque. Si l’artiste s’exprime, avec une certaine aisance, auprès de sa famille sur l’impasse dans laquelle il se trouve pour faire face à cette commande, la question du moyen de la supporter – que Matisse commence à mettre en place vers septembre 1931 – reste encore à l’état de confidence qu’il ne faut pas ébruiter. Entre dits et non-dits, il s’agira d’envisager la manière dont Matisse, dans ses écrits et propos du début des années 1930, cherche un discours adéquat pour parler de La Danse, et ce faisant, pour réarticuler la création à sa critique.

  • 14h30 : Matthew Affron, The Muriel and Philip Berman Curator of Modern Art Philadelphia Museum of Art
    De La Danse de Barnes à l’Étrange farandole

La décoration murale de La Danse, installée à la Fondation Barnes, a servi de point de départ au travail de Matisse dans les années 1930.  Cette conférence s’intéressera à la manière dont Matisse utilise une nouvelle fois, à la fin de cette décennie, le motif de La Danse dans les décors qu’il conçoit pour le ballet Rouge et noir, en collaboration avec Léonide Massine et la compagnie des Ballets Russes de Monte-Carlo.

  • 15h30 : Ellen McBreen, professeure et co-présidente du Département d’Histoire de l’art au Wheaton college (Massachusettts), commissaire indépendante
    Effacer le travail : Lydia Delectorskaya et le processus créatif de Matisse

Souvent célébrée comme la secrétaire dévouée et la muse de Matisse, Lydia Delectorskaya a joué un rôle déterminant dans son atelier en tant qu’assistante de 1932 à 1954. Fondée sur des témoignages de première main, des entretiens et d’autres documents d’archives, cette conférence s’attachera à distinguer les tâches de Delectorskaya dans l’atelier des récits fictifs qu’évoquent les œuvres dans lesquelles elle endosse la fonction de modèle. Il s’agira de mieux comprendre les multiples rôles qu’elle a joués en revenant également sur les raisons historiques de leur effacement. Matisse et Delectorskaya étaient engagés dans une collaboration créative unique, modelée par des différences de classe, de pouvoir, de nationalité et de genre. Nous nous appuierons sur les mots de Delectorskaya pour tenter d’en saisir les complexités.

Discussion

Fin de la journée d’étude → 16h/16h30

Infos pratiques

De 9h30 à 16h30

Auditorium du musée Matisse (niveau -2, en face de la borne d’accueil)

Tarif

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Inscription

Réservation conseillée par email à musee.matisse@ville-nice.fr 

Musée Matisse
164 avenue des Arènes de Cimiez, 06000 Nice

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