Matisse et le livre

André Rouveyre, Henri Matisse, "Repli", éditions du Bélier, Paris, 1947 Couverture exécutée au pochoir d’après une composition en papiers gouachés découpés de Henri Matisse.

André Rouveyre, Henri Matisse, "Repli", éditions du Bélier, Paris, 1947
Couverture réalisée au pochoir d'après une gouache découpée d'Henri Matisse
© Succession H. Matisse / Photo © François Fernandez

À l’occasion de l’exposition Agnès Thurnauer. On se retrouve chez toi, est proposé un parcours à travers la collection de livres illustrés de Matisse, déployée dans l’ensemble des salles du musée.

Henri Matisse s’est imposé comme un des grands peintre-illustrateurs du XXe siècle. Il ne vient pourtant que tardivement à cette activité, à travers les commandes des Poésies de Mallarmé en 1930 puis de Ulysses de James Joyce en 1935, avant de s’y consacrer pleinement après son opération de 1941. Il réalise ainsi 11 livres entre 1942 et 1952. Matisse était un grand lecteur, familier, depuis ses débuts parisiens, des cercles littéraires. Il était aussi un amoureux du livre comme le révèle sa vaste bibliothèque du Régina qui comprenait quelques belles éditions chinées à Paris ou à Nice.

La plupart des livres illustrés par Matisse sont des ouvrages de luxe, ou le sont devenus, destinés aux collectionneurs d’art, aux bibliophiles ou aux musées. Il les conçoit dans leur totalité, sélectionne les textes, dont la lecture répétée fait émerger par association libre un cadre visuel ainsi qu’un décor, fait le choix du médium approprié, linogravure, lithographie, ou photolithographie, ainsi que de la typographie, son placement dans le page et sa taille. À chacun de ces livres, il renouvelle entièrement son approche, tentant de trouver un équivalent plastique au texte. Par exemple, l’atmosphère antique et méditerranéenne du Pasiphaé de Montherlant (1943) se prolonge à travers le timbre sombre des pages d’illustrations en linogravure ; le caractère galant des sonnets du Florilège des Amours de Ronsard (1948) s’accorde au tracé savoureux des lithographies, visages, étreintes et ornements végétaux ; dans les Lettres portugaises (1946), la richesse des décorations d’inspiration végétale traduit l’amour de la religieuse.

Jazz (1947) se distingue des autres livres de Matisse par ses thématiques, le cirque et le lagon, et par la dualité du texte calligraphié à l’encre noire placé en regard des planches de couleur réalisées en papiers gouachés découpés dont chacune possède son timbre spécifique. Cette architecture se retrouve ensuite dans la conception de la chapelle de Vence. Chacun des livres de Matisse propose ainsi son espace propre, sa lumière et sa tonalité qui nous transportent autant que ses tableaux et ses grandes compositions en papiers gouachés découpés. Il écrit à cet égard : « je ne fais pas de différence entre la construction d’un livre et celle d’un tableau. » (« Comment j’ai fait mes livres », 1946)

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