L’exposition Matisse, Une fête en Cimmérie, est consacrée à l’art du portrait chez Matisse et organisée autour du livre de Georges Duthuit. Marguerite, la fille de Matisse, et son époux, Georges Duthuit, critique d’art, historien et écrivain, projettent en 1947 de constituer une série d’ouvrages sur le thème des rituels de la fête dans certaines civilisations, comme celle des Esquimaux, des Indiens, des Polynésiens et des Africains. Inaugurant la série, le livre sur les Esquimaux est un essai poétique de Georges Duthuit, Une Fête en Cimmérie, pour lequel Matisse réalisa les illustrations de visages d’Inuits.
Durant cette période, Matisse travaille au projet de la Chapelle du Rosaire de Vence, se consacrant à de nombreuses études pour élaborer les panneaux du Chemin de Croix, de la Vierge à l’Enfant et de Saint Dominique, à propos desquels il s’interroge sur la représentation ou non des visages, en raison de la spiritualité qu’ils doivent inspirer. C’est aussi à ce moment que Matisse s’attache à dessiner de nombreux visages d’Esquimaux, peuple en relation permanente avec les forces mystiques et physiques de la Nature.
Le 26 janvier 1948, Marguerite Duthuit écrit à son père : « nous avons tout de suite vu entre cet art et ton œuvre trop de points de contact » (in Catalogue raisonné des ouvrages illustrés, p. 269).
L’intérêt de Matisse pour la représentation de visages, qu’il nomme parfois masques, et sa curiosité pour les masques esquimaux sont surprenants. Une réflexion peut ainsi être conduite, à propos des études qu’il mena pour la représentation du visage du Christ imprégné sur Le Voile de Véronique.
Pour les portraits d’Inuits, Matisse s’inspira de documents photographiques et de divers livres ethnographiques, comme ceux de G. de Poncins, de Rasmussen et des masques de la collection de Georges Duthuit. Trente-et-une lithographies de différents formats furent réalisées entre 1947 et 1948. L’ouvrage ne sera finalement publié qu’en 1963, soit neuf ans après la mort de Matisse.
« Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est ni la nature morte, ni le paysage, c’est la figure. C’est elle qui me permet le mieux d’exprimer le sentiment pour ainsi dire religieux que je possède de la vie. » (Matisse, « Notes d’un peintre », La Grande Revue, t. 52, 25 décembre 1908)
Ainsi, durant toute son œuvre, la représentation du visage humain fut un sujet qui força Matisse à développer ses recherches. Le portrait, l’autoportrait, le visage qui évolue jusqu’au masque, signe représentatif de l’essence d’une personnalité, furent des moyens d’approfondir les questions de l’expression, du regard, de la ressemblance et de la réalité.
À l’occasion de la présentation des visages esquimaux, seront ainsi déclinées les différentes manières dont Matisse envisagea la représentation de l’humain.
Catalogue de l’exposition : Une fête en Cimmérie, représentation du visage dans l’œuvre de Matisse, textes de Claude Duthuit, Claudine Grammont, Isabelle Monod-Fontaine et Marie-Thérèse de Pulvénis de Séligny, éditions de la RMN, Paris, 2003.